Peur sur la ville : les légendes urbaines, tel est le titre de la première conférence du cycle sur ce sujet, les rumeurs et autres fake news qui aura lieu le samedi 27 avril de 15h à 17h en salle de conférence de la Médiathèque André Malraux.

Son auteur, Eymeric Manzinali, anime le blog Spokus. Il a accepté de répondre à quelques questions sur son parcours et ce qui l’a conduit à ouvrir un blog sur ces thématiques.

légendes urbainesart de faire peur

Comment as-tu eu l’idée d’animer un blog autour des légendes urbaines, des rumeurs et fake news ?

En 2010, j’ai effectué une année d’échange à l’Université de Stockholm où j’ai eu l’occasion de suivre un cours sur la culture populaire (Cultural studies). A la fin du semestre, nous devions choisir un sujet et je me suis intéressé à Ring, ce film d’horreur japonais mettant en scène un K7 vidéo tueuse. J’ai appris qu’il était inspiré d’une légende urbaine, et j’ai commencé à lire des livres sur le sujet, notamment ceux de Véronique Campion-Vincent et Jean-Bruno Renard, mais aussi de Martine Roberge. J’y ai découvert beaucoup de récits entendus pendant mon enfance ou mon adolescence, et que j’avais cru de prime abord. J’ai tenu un premier blog en 2011, sur 9 mois, avant d’abandonner, pris dans le tourbillon des études et des concours. En 2016, j’ai décidé de reprendre le sujet à l’occasion d’un congé sabbatique, …c’était quelques mois avant la présidentielle américaine ! A cette occasion, j’ai progressivement élargi mon sujet aux théories du complot et au phénomène des fake news, car je sentais qu’il était important de proposer des réflexions sur ce sujet, eût égard à l’impact de ces récits et de la pensée complotiste sur la société.

Tu es bibliothécaire, donc un professionnel de l’information, est-ce que tu penses que les usagers de ta bibliothèque sont plus sensibles aux rumeurs et légendes urbaines qu’auparavant ?

J’ai navigué entre bibliothèque municipale et universitaire, et je travaille aujourd’hui dans une bibliothèque très spécialisée, donc c’est difficile à dire. Je remarque dans mon environnement quotidien une plus grande présence des théories complotistes, notamment à la suite des attentats de Strasbourg ou sur les vaccins et, d’une manière générale, un climat de défiance vis à vis des institutions, des élites, des médias, de la communauté scientifique qui n’était, il me semble, pas si fort il y a quelques années. Ce climat favorise, à mon sens, une plus grande perméabilité aux théories du complot qu’avant. Les légendes urbaines, qui sont des « mythes flottants » revenant de manière régulière, ont quant à elles toujours été présentes dans mon environnement, y compris avant les réseaux sociaux. J’ai souvenir de nombre d’entre-elles circulant durant mes années collège et lycée : au moment de passer le bac par exemple, nous étions persuadés que le suicide de l’un d’entre-nous donnerait le bac à tous, ou qu’un élève ayant répondu « C’est ça » au sujet de philo « Qu’est ce que le courage ? » s’en serait sorti avec 20/20 !

D’où vient le nom de ton blog Spokus ?

Spokus est la contraction d’hocus pocus, équivalent anglo-saxon d’abracadabra et qui a donné le mot hoax, ces canulars informatiques comme les bonsaï-kitten ou les fausses chaînes de solidarité qui envahissent nos boîtes mails et nos fils d’actualités. C’est également un hommage à Snopes, dont Spokus se rapproche par la longueur et la sonorité. Ce site américain fondé par un couple de passionnés de légendes urbaines en 1995, et pionnier du fact-checking, est aujourd’hui une mine d’or sur le sujet.

Est-ce que le web a développé davantage ces phénomènes ?

Sans doute ! Avant Internet, les rumeurs se diffusaient par le bouche-à-oreille, et étaient plus rarement reprises par la presse. Sur le Web, la frontière entre rumeur et information, fiction et réalité est brouillée et les géants du numérique échouent, pour l’instant, à réguler l’offre disponible et à intégrer la fiabilité des informations dans leurs algorithmes. Sur des sujets comme l’astrologie, les crop-circles, le monstre du Loch Ness … etc, les contenus des “croyants” dominent les résultats de recherche de Google, comme le montre Gérald Bronner dans  La démocratie des crédules (PUF, 2016). Il est effectivement plus facile de répandre une fausse information que de la démonter méthodiquement. Certaines théories du complot forment par ailleurs des mille-feuilles argumentatifs, constitués de l’agrégation d’éléments douteux ou d’arguments apportés par le travail de milliers d’internautes.

Avec les réseaux sociaux, il est également probable que le cycle de diffusion des rumeurs se soit accéléré, en offrant aux individus la possibilité de les partager instantanément à tout un réseau de proches. Les publications les plus diffusées sur ces réseaux sont par ailleurs celles qui génèrent le plus d’interactions, ce qui favorise des informations courtes, vectrices d’émotions fortes. C’était particulièrement saisissant dans le cas des rumeurs de « clowns agressifs » qui ont traversé la France en 2014 : après une intense circulation, la constitution de groupes Facebook chargés de donner l’alerte, le phénomène s’est arrêté net moins de 3 semaines après son apparition…

Merci Eymeric. On est impatients d’en savoir plus… voici le programme et une bibliographie.

Franck Queyraud

Médiathèques

 


3 conférences et deux ateliers à venir à la Médiathèque André Malraux :

En salle de conférence de 15h à 17h

PEUR SUR LA VILLE : LES LEGENDES URBAINES le samedi 27 avril

POURQUOI CROYONS-NOUS AUX FAKE-NEWS le samedi 25 mai

DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE AUX CHAINES FACEBOOK : une petite histoire des chaînes le samedi 15 juin

2 ateliers en salle de formation L@ppli – 4ème étage de 15à 17h

sur inscription au 03 68 98 70 75 (nombres de places limitées)

EVALUER LA FIABILITE D’UN SITE WEB ET D’UNE INFORMATION

les mercredis 15 mai et 5 juin


Bibliographie :

Conférence Légendes urbaines :
– Légendes urbaines : rumeurs d’aujourd’hui / Véronique Campion-Vincent, Jean-Bruno Renard
– De source sûre : nouvelles rumeurs d’aujourd’hui / Véronique Campion-Vincent, Jean-Bruno Renard. Payot 2005.
– 100 % rumeurs : codes cachés, objets piégés, aliments contaminés…la vérité sur 50 légendes urbaines extravagantes / Véronique Campion-Vincent, Jean-Bruno Renard
– Rumeurs et légendes urbaines / Jean-Bruno Renard

– Légendes urbaines de Belgique / Aurore Van de Winkel. Avant Propos, 2017.

– Rumeurs / Jean-Noël Kapferer. Points, 2010.
– L’art de faire peur : des récits légendaires aux films d’horreur. PU Laval, 2005.
Conférence fake-news :
[Déjà à la bibliothèque]
– Crédulité et rumeurs : faire face aux théories du complot et aux fake news / Gérald Bronner, dessin Krassinsky. Le Lombard, 2018.
– La démocratie des crédules / Gérald Bronner. PUF, 2013.
– L’empire des croyances / Gérald Bronner. PUF, 2003.
– Obsession / Marie Peltier. Inculte, 2018.
– L’ère du complotisme : la maladie d’une société fracturée / Marie Peltier. Les Petits Matins, 2016.

– La société parano : théories du complot, menaces et incertitudes / Véronique Campion-Vincent. Payot, 2005.

Conférence chaînes de prières :

Michel-Louis Rouquette. Chaînes magiques. Delachaux et Niestlé, 1984.

 

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