MàJ 03/05/2018 : ajout des vidéos 360° du BUGS

Du 20 au 24 avril, la médiathèque Sud accueillait la Semaine du numérique libre, éthique et durable dont a déjà parlé par ici, de son petit nom #Librathon.

A l’heure où Facebook est vivement critiqué suite au scandale Cambridge Analytics, où les internautes sont à la fois conscient·e·s de la perte de leurs données personnelles et hyper-dépendants d’outils numériques fermés et autoritaires (macOS, Windows, les services Google…) proposés par des sociétés géantes qui se paient le luxe… de ne pas payer d’impôts là où elles font du business (ou si peu), nous, bibliothécaires, souhaitions mettre en avant une autre culture numérique, celle du partage, de la non-marchandisation forcée, de la co-construction, de la durabilité et du réemploi, saupoudré de culture libertaire, d’art « libre » et de valeurs éthiques.

Une petite semaine pour un tel programme, vaste enjeu ! L’an passé, nous avions inauguré une « Journée du logiciel libre, éthique et durable« , cette fois nous sommes allés un peu plus loin, sur la durée d’une semaine. Ne nous leurrons pas : nous avons sué pour préparer cet événement ! Le résultat a été en demi-teinte… Mais comme il faut aussi voir le verre à demi-plein, que s’est-il passé durant cette semaine ?

L’exposition

En premier lieu, nous avons créé une Expo Librathon 2018 sur les valeurs du libre, complètement retravaillé à partir des panneaux créés l’an passé.

Photo médiathèque Sud, CC BY-SA
Photo médiathèque Sud, CC BY-SA

Elle était agrémentée d’une diffusion de court-métrages libres, du domaine public et des timelapses sur GIMP, Krita et Blender. L’exposition est évidemment libre et téléchargeable tout en bas de la page du #Librathon.

Photo médiathèque Sud, CC BY-SA
Photo médiathèque Sud, CC BY-SA

Les tables rondes

Le jeudi soir, nous avons proposé une table ronde : « Pourquoi la diffusion de la culture et de la connaissance pour tous est et doit rester l’un des piliers essentiels d’Internet ?« , avec la participation de Jérémie Wojtowicz (créateur de Radio Rhino et vice-président des RMLL 2018), Harmonie Vo Viet Anh (juriste libriste spécialisée en droit du numérique, contributrice de Veni Vidi Libri et présidente des RMLL 2018) et Mathieu Stumpf Guntz (membre de Wikimédia France).

Malheureusement, le public n’était pas au rendez-vous : thématique trop pointue, horaire  inadaptée, désintérêt du citoyen pour les communs, grève de la fonction publique ? Nous avons tout de même maintenu le rendez-vous et les échanges ont été très intéressants :

Après avoir rappelé que la grande bibliothèque d’Alexandrie était déjà un lieu d’accès à tous les savoirs de son époque, Mathieu a indiqué que l’apport principal du numérique et a fortiori du web est la possibilité de rechercher dans une base de données monumentale. En effet, avoir accès au savoir ne signifie pas qu’on peut l’exploiter facilement : il est indipensable de pouvoir organiser l’information. Harmonie a rappelé que l’imprimerie de Gutenberg avait déjà permis une diffusion massive de la culture, mais sans cette organisation.

Les intervenants ont aussi mentionné les évolutions culturelles, non comme un flux continu mais par à-coups au fil du temps, basé sur des découvertes technologiques. Le numérique a apporté avec lui, outre la recherche, la possibilité de communiquer facilement. Ainsi, les opportunités de s’intéresser à des sujets de niche se sont développés. Enfin, la diffusion massive du savoir permet de favoriser la création, dès lors qu’on a accès à plus de référence. Logique d’enrichissement exponentiel.

Harmonie a précisé que le droit d’auteur a été créé en France en 1790 pour protéger les créateurs. Ce droit d’auteur a inspiré le copyright anglo-saxon. C’est une spécificité occidentale : en Asie ou en Afrique, le droit d’auteur n’existe pas. Ce qui explique que les Chinois, par exemple, copient massivement. Pour l’anecdote : quand un occidental se plaint auprès des Chinois d’avoir été copié, on lui rétorque que c’est positif, que sa création vaut d’être copiée !

Hamonie a indiqué que la notion de données à caractère personnel n’avait aucun fondement en droit et qu’il était difficile d’estimer ce qui relève du personnel et du non-personnel.

Mathieu a donné quelques chiffres sur l’importance de Wikipédia : nombreux contributeurs, nombreuses langues, et nombreux projets parallèles maintenus par la fondation Wikimédia. Jérémie a salué l’importance et le rôle des bibliothèques comme vecteurs de savoir organisé et classé, un rôle qu’il faut préserver et poursuivre. Les intervenants ont abordés la différence fine entre le savoir et la connaissance (le premier découle du second et apporte une compréhension et un apprentissage plus pointu).

Revenant sur la notion de droit d’auteur, Harmonie a expliqué que les licences libres avaient été créées pour les Occidentaux. les créateurs peuvent choisir les usages qu’ils autorisent ou non. La création se basant sur les créations antérieures, il est important que chacun puisse s’appuyer librement sur ce qui existe déjà pour conçevoir. Jérémie a donné l’exemple d’artistes underground qui se fichent de l’usage qu’on fait de leurs créations et n’apposent aucune licence. Mais de fait, ils interdisent de facto toute ré-utilisation !

En conclusion :

La seconde table ronde du vendredi soir abordait la thématique de l’information : « face à la manipulation des informations sur Internet, l’enjeu essentiel de l’éducation aux médias et à la protection des données personnelles« , avec la participation de Michel Rochelet (ANSSI) et Véronique Amerein (CLEMI). Cette fois, le public, bien que clairsemé, était présent, curieux et intéressé. D’ailleurs il y a plusieurs échanges très constructifs avec les intervenants. Le Réseau Canopé, partenaire du rendez-vous, nous a gratifié d’un livetweet :

Précision de Véronique a posteriori :

On a parlé de ce film sur la page Facebook des médiathèques :

La journée du samedi

Ils étaient nombreux à être venus nous soutenir : en plus des pré-cités, ARN, le BUGS, le CCNDesclicks, les Editions DiamondLa Vache Libre, les médiathèques Neudorf et Ouest et Seeraiwer.

Si la journée n’a pas été exempts de couacs (ou plutôt de bugs… désolé Georges), elle s’est globalement bien déroulée. De l’aveu des participants, si le public s’est fait rare (chiffres à venir), il était curieux et intéressé par le propos et on imagine en avoir convaincu certain·e·s d’installer GNU/Linux sur leurs ordinateurs !

Le Blender User Groupe de Strasbourg a présenté les vertus du logiciel libre de création 3D Blender sur grand écran (en reconstituant notamment l’espace documentaire de la médiathèque Sud) et avec des impressions 3D.

Photo médiathèque Sud, CC BY-SA
Photo médiathèque Sud, CC BY-SA

Juste à côté, Desclicks proposait une « repair session » (un repair café sans café… erreur de communication entre nous :). Le vrai repair café était en revanche bien présent à Ostwald, au Point d’O, nous espérons que vous y étiez à défaut de venir à la mediathèque Sud !

Desclicks a également proposé le fameux simulateur de vol Flight Gear qui, comme l’an passé, a fait carton plein ! Il faut dire que la télé géante, les impressionnantes commandes de pilotage (pédalier inclus) et le survol de Strasbourg en ont bluffés plus d’un·e !

Photo médiathèque Sud, CC BY-SA
Photo médiathèque Sud, CC BY-SA

Le CCN et l’Atlier Canopée 67 étaient présents pour initier au logiciel de régie vidéo libre OBS, un puissant outil d’édition très prisé des streamcasters. De futurs vidéastes ont peut-être découverts leur vocation !

Dans le Coin des discussions au sein du nouvel espace numérique de la médiathèque, Noiraude (de la Vache Libre), Seeraiwer et ARN accueillaient les curieux du logiciel libre, et partageaient leurs connaissances. Irina a ainsi présenté l’outil d’accessibilité Orca sur Debian GNU/Linux.

Juste à côté, dans l’espace des jeux vidéo bien connus de nos habitués, la PS3 et la PS4 avaient cédées leurs places à SuperTuxKart, le fameux jeu libre de karting.

Parce que les valeurs du libre ne s’arrêtent pas qu’au logiciel, nous avions cette année souhaité mettre en avant les initiatives des médiathèques dans le domaine du partage et de la découverte. Ainsi, les grainothèques des médiathèques Neudorf et Ouest avaient fait le déplacement avec nos collègues Christine, Fabien et Véronique.

Photo médiathèque Sud, CC BY-SA
Photo médiathèque Sud, CC BY-SA

Nous avions également mis en avant la Bibliobox et les baladeurs de musique libre à emprunter de la médiathèque Sud, qui fêtaient leur un an d’existence (lancés pour le Librathon 2017).

Photo médiathèque Sud, CC BY-SA
Photo médiathèque Sud, CC BY-SA

Du côté d’ARN, une magnifique roue (de vélo) libre permettait de tester ses connaissances sur la sécurité des données et les enjeux de la vie privée numérique.

Photo médiathèque Sud, CC BY-SA
Photo médiathèque Sud, CC BY-SA

ARN a également proposé son jeu de rôle Network & Magic, une plongée dans les méandres des réseaux informatiques et leur sécurité. L’occasion pour les joueurs de bien comprendre le fonctionnement du web et les risques inhérents.

Photo médiathèque Sud, CC BY-SA
Photo médiathèque Sud, CC BY-SA

La fin ?

Ce fut une belle édition, avec des rencontres, des échanges et des découvertes. Toutefois, la fréquention nous interroge sur l’opportunité d’une prochaine édition ? Revoir nos ambition à la baisse ? Se heurter au mur de la réalité ? La liberté et la reprise de contrôle de nos données intéressent nos concitoyen·ne·s mais quand il s’agit de mise en pratique, les gens sont beaucoup plus frileux…

Un mot pour terminer ? Une petite mise en abîme…

https://twitter.com/tiubuk/status/977590209079578624

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