La première version de cet article a été publié en mai 2016 sur le site des médiathèques.


Le jeu vidéo a ses stars. Le plupart du temps, ce sont des personnages digitalisés issus de l’imagination des concepteurs/trices ; parfois iles sont inspiré·e·s par des célébrités bien réelles, et dans un nombre croissant de cas depuis les années 90, des stars incarnent directement les personnages.

Avec l’avènement du CD-ROM, il a été possible d’ajouter dans les jeux des vidéos qui se déclenchent en fonction du déroulement de l’histoire. Si aujourd’hui ces vidéos ont été remplacées par des cinématiques en image de synthèse, supprimant toute limite en termes de réalisation, il s’agissait au départ de personnages réellement filmés, comme dans Phantasmagoria, Dark Seeds II ou Mortal Kombat .

Les années 1990 : de la vidéo partout

En 1992, Dana Plato, qui joue dans la série Arnold et Willy, est digitalisée pour les besoin du jeu d’épouvante Night Trap qui en son temps a fait réagir les sénateurs américains qui souhaitaient l’interdire ! Si Plato a sombré dans l’oubli, ce n’est pas le cas de Mark Hamill, alias Luke Skywalker ! Si le rôle du Jedi a complètement éclipsé sa filmographie, Hamill a su faire carrière dans le doublage et est apparu notamment dans la saga de jeux de science-fiction Wing Commander à partir de 1990. A ses côtés, on a pu voir Malcolm MacDowell, alias Alex dans Orange Mécanique. Second couteau de nombreux films et de série, celui-ci poursuit une carrière dans le jeu vidéo depuis 1994.

Avec l’avènement de la 3D, les acteurs/trices ne sont plus seulement filmé·e·s mais capturé·e·s : leurs mouvements sont enregistrés, et des modèles 3D sont créés, reprenant leur apparence, leur voix, leur gestuelle. A la fin de la décennie, le caméléon David Bowie s’investit dans le premier jeu du jeune studio français Quantic Dream en tant que compositeur et interprète de la bande-son mais également en tant que personnage secondaire digitalisé. On connaissait le goût de Bowie pour l’expérimentation, The Nomad Soul marque une nouvelle étape dans sa carrière polymorphe. A la même période, Bruce Willis, auréolé du succès d’Armaggedon, joue… son propre rôle de sauveur du monde dans Apocalypse ! Et Jean-Claude Van Damme se numérise dans Street Fighter : The Movie !

On n’abordera pas les nombreux jeux érotiques et leurs séquences filmées avec des stars du milieu qui ont fait la belle époque du CD-ROM interactif…

Les années 2000 : l’essor des polygones

Avec le développement de la 3D et des modèles en polygones dans les années 2000, ce ne sont plus les individus qui sont filmés mais leurs avatars modélisés qui sont animés.

Les stars de la musique ne sont pas en reste : outre Bowie, déjà cité, il y a un groupe dont l’iconographie était taillée pour le jeu vidéo : Kiss ! « You wanted the best, you got the best » ! En 2000 sort Kiss: Psycho Circus – The Nightmare Child, un FPS fantastique adapté d’un comics lui-même adapté de l’album éponyme.

En 2004, Gillian Anderson et David Duchovny sont des stars du petit écran dans X-Files : on retrouve logiquement leurs personnages dans le jeu The X-Files: Resist or Serve. Autre série policière à succès, Les experts, a connu une dizaine d’adaptations avec l’apparition des acteurs.

Les années 2010 : objectif photoréalisme

Plus proche de nous, deux projets ont beaucoup fait parler d’eux, digitalisant de manière stupéfiante des acteurs/trices en vogue : Ellen Page (Inception) et Willem Dafoe (Nymphomaniac) incarnent les personnages principaux de Beyond: Two Souls de Quantic Dream qui s’est fait une spécialité de la motion capture et des jeux très scénarisés. De son côté, Norman Reedus, l’attachant Daryl de la série fantastique Walking Dead, apparaît dans une démo jouable, PT, qui annonçait la sortit d’un très attendu Silent Hills… Le projet sera abandonné par l’éditeur japonais Konami, laissant les fans pleurer toutes les larmes de leur corps.

2015 voit l’apparition d’Arnold Schwarzenegger dans le jeu de stratégie Mobile Strike pour smartphone et tablettes. L’actioner phare des années 80 dans un jeu de guerre, c’est logique. Tout autant l’est en 2017 le cas amusant de Nonstop Chuck Norris, beat them all dans lequel on incarne une version cartoon de l’invincible karatéka, autre costaud du cinéma des années 80.

Le cas Command & Conquer

S’il y a bien un studio qui a largement fait participer des acteurs confirmés, souvent des seconds rôles, c’est Westwood Studios avec la longue saga de jeux de stratégie militaire Command & Conquer. La liste est sans fin mais citons parmi les acteurs/trices les plus reconnaissables Jamie Chung (Sucker punch), Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show), Andrew Divoff (Lost : les Disparus), Kelly Hu (X-Men 2), Michael Ironside (Starship Troopers), Udo Kier (Iron Sky), Jennifer Morrison (Once Upon a Time), Jonathan Pryce (Pirates des Caraïbes), J.K. Simmons (The Closer : L.A. Enquêtes Prioritaires), Holly Valance (DOA: Dead or Alive), Billy Dee Williams (L’Empire Contre-Attaque), Ray Wise (Twin Peaks)…

Et après ?

Ce petit tour d’horizon des acteurs ayant participé à des jeux est loin d’être complet. Et aujourd’hui, avec la progression des moteurs de rendu et des outils de modélisation, on assiste peu à peu au chemin inverse : des acteurs/trices jouent à la TV ou au cinéma des rôle de personnages virtuels. Alicia Vikander succèdera prochainement à Angelina Jolie dans le rôle de Lara Croft (Tomb Raider), Karl Urban a été le marine de Doom, Jake Gyllenhal le héros de Prince of Persia

De plus en plus, la frontière entre réalité et fiction, entre spectateur/trice,  joueur/se et acteur/trice tend à se dissiper, encore plus avec la réalité virtuelle. A voir si cela ne lassera le public, plus enclin à jouer de personnages inédits et charismatiques que des avatars du cinéma ou de la télévision.

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