Par Roxanne Boehm & Thibaut Brix


Depuis plusieurs années, le jeu vidéo vit une petite révolution. Autrefois création autarcique ou terminaison d’une autre œuvre, le jeu vidéo est devenu un puissant secteur de divertissement culturel et mange à tous les râteliers : BD, cinéma… Avec les sorties récentes de plusieurs films adaptés de jeux, l’occasion est trop belle pour nous de croiser les supports avec l’audace qui nous sied.

Grand format

Le phénomène d’adaptation cinéma n’est pas nouveau et il faut remonter aux glorieuses années 90 pour la naissance du genre avec l’improbable Super Mario. Mais depuis ses origines, l’adaptation de jeu vidéo a mauvaise presse. Sans revenir sur le débat de sa légitimité (après tout, le cinéma n’est que de l’adaptation : d’un livre, d’une BD, d’un jeu… de la réalité ?), à chaque sortie il y a d’un côté les gamers puristes qui crient à la trahison, la perte d’identité, la bassesse mercantile ; et de l’autre les critiques cinéphiles qui dénoncent le produit dérivé, l’absence d’ambition artistique, le rapport douloureux à l’oeuvre antérieure…

Le jeu vidéo est particulier : artistique mais ludique, visuel mais tactile, appelant le spectateur à devenir acteur de l’aventure ; sans le·a joueur·se, point de jeu ! Un film pourra se dérouler, même dans une salle vide. L’activité du jeu ne peut s’adapter raisonnablement à la passivité du cinéma, d’où problème. Du coup à chaque sortie, des articles de presse ou de blog bien engagés somment les producteur·trice·s de ne plus s’acharner.

Petites cases

Dans le cas de l’adaptation en bande dessinée, le problème semble différent : si l’impossibilité de prendre en compte un « parcours joueur » à l’instar du cinéma affaiblit logiquement la forme, le fond est souvent plus intéressant, jouant plus ludiquement la référence, la curiosité, l’enrichissement… La production d’une BD est moindre que celle d’un film, vous en conviendrez ; ainsi, plusieurs albums pourront couvrir une histoire précise (Prince of Persia), développer un univers (Dofus), toucher un public spécifique (Kingdom Hearts), déporter un gimmick (Les Lapins Crétins), etc. Il s’agit plutôt d’extension que d’adaptation.

Quelqu’un·e·s – et nous en sommes – s’acharnent pourtant à défendre le jeu vidéo dans toutes ses mutations (ouais, comme un Pokémon).

On parlera intelligemment ici de Karim Debbache, chroniqueur du site spécialisé JeuxVideo.com pour son ancienne émission Crossed qui croise justement jeux vidéo et cinéma. Et on vous encourage à découvrir sa nouvelle production, Chroma, consacrée au seul cinéma.

Bon, puisqu’on parle de croisement, on vous invite à un petit tour… croisé de jeux/films/BD récents. Aloooors, ça donne quoi ?

Ratchet et Clank

Vous vous souvenez peut-être de ce jeu sorti dans les années 2000 ? On incarnait un félin avec de super armes où on récoltait des boulons (si, si, des boulons !) Il était accompagné de son ami robot qui avait un sacré humour, et ensemble ils parcouraient un univers intergalactique impitoyaaaaaable. On a récemment redécouvert avec plaisir ce jeu sur PS4 (pas encore disponible dans les médiathèques)  où il a bénéficié d’un nouveau traitement graphique.

Ce remake intègre des extraits d’un long-métrage sorti en parallèle en plus des cinématiques, c’est donc tout naturellement qu’on a envie de voir le film d’animation quand on y joue. Le youtubeur Squeezie double la voix de Ratchet ! Outre le graphisme plaisant, on retrouve un bon scénario avec de l’action et de l’humour, avec deux twists assez sympas, on n’en demande pas plus.

Côté BD, il existe depuis 2010 un comics en 6 volumes malheureusement pas encore édité en France.

Angry Birds : le film

Ce jeu-là, on ne vous le présente plus ! Mais bon, après la rigolote série Angry Birds Toons, j’ai envie de dire « mais comment faire un film, et par conséquent une histoire, à partir d’un jeu où on ne fait que catapulter des oiseaux avec des lance-pierres ? » Mhh, et bien c’est possible !

Et même qu’on comprend enfin pourquoi les cochons en veulent tant à ces oiseaux. Cette grande interrogation est enfin résolue, merci aux réalisateurs. Il en ressort un film coloré dont on n’attendait pas forcément grand-chose mais qui est plutôt pas mal. Et  là aussi en doublage vocal, on retrouve des gens assez sympas, à savoir Omar Sy et Audrey Lamy.

Sur papier, les oiseaux rouges sont plutôt du genre gags. L’humour et les personnages, notamment les pauvres cochons toujours perdants, sont développés à travers de courtes histoires pour plaire au plus grand nombre, mais il manque tout de même le petit plaisir de la destruction que procure le jeu à chaque tir. L’esprit cartoon et délirant reste plaisant.

Dofus, livre 1 : Julith

Un dernier film d’animation pour la route ! Dofus est un jeu en ligne multijoueur dans lequel on doit notamment retrouver des œufs de dragons légendaires disparus ainsi que d’autres quêtes. Bien sûr, il est plus intéressant d’y jouer en communauté. Il a surtout la particularité d’être l’une des success-stories françaises du jeu transmédia : jeux, mais aussi BD, séries TV, livres, jeux de cartes… Le film a été réalisé par le réalisateur de la série Wakfu, issue d’un autre univers situé 300 ans après Dofus. C’est plutôt de bon augure.

Joris, le personnage principal du film (et il est trop chou, vraiment !) va être confronté à la méchante Julith qui réapparaît. Au menu : du dépassement de soi, de l’aventure et du rythme. Le film nous réexplique toute l’histoire donc pas de panique si vous n’êtes pas familier du jeu. A noter que les musiques sont jouées par l’orchestre symphonique de Lille, c’est plutôt pas mal ! Bientôt un livre 2 ?

Pour poursuivre l’exploration de l’univers de Dofus, les créateurs d’Ankama ont fait les choses en grand avec de nombreuses BD, mangas et comics pour enfants, ados ou adultes, en one-shots ou en séries, se déroulant à Dofus ou Wakfu ! Ouf ! Il y a pas mal d’heures de lecture en perspective dans vos médiathèques !

Assassin’s Creed

Jeu mythique, ou plutôt une série de jeux dont les qualités ont été largement reconnues même par les sceptiques des jeux vidéo grâce à un contexte historique très poussé. On notera toutefois que d’un point de vue ludique, la série d’Ubisoft est sous le feu des critiques à cause de bugs, de jeux sortis trop vite et d’une licence surexploitée….

Le film évolue notamment au temps des Croisades, de la Renaissance italienne et la Révolution française, ce qui est passionnant ! Ceux qui l’ont réalisé s’en sont donné les moyens avec en têtes d’affiche Michael Fassbender et Marion Cotillard. Le film (pas encore disponible en médiathèque) est globalement fidèle au jeu ; si vous aimez l’action et la bagarre avec un scénario construit, vous apprécierez sans doute.

BD, comics ou manga, à l’instar de Dofus, la licence Assassin’s Creed a été décliné en de nombreux formats. La série la plus avancée est sans conteste celle de Corbeyran, prolifique scénariste de la saga des Stryges. Mais l’histoire à tiroir manque d’ampleur, c’est dommage. L’univers des jeux ne s’adapte pas moins à des intrigues de complots ésotériques sur fond historique, l’un des domaines de prédilection de la BD franco-belge actuelle.

Warcraft : le commencement

Là c’est du lourd : des dragons, des orcs, des chevaliers massifs, des batailles épiques, une histoire de fraternité impossible… De la fantasy sur grand écran, c’est assez rare pour être souligné. Si le genre explose en littérature ou en BD, il se limite à quelques téléfilms de mauvais goût sur les écrans, et à part la maestria d’un Peter Jackson, peu ont osé relever le défi du blockbuster épique, coloré et ambitieux. Warcraft espérait devenir la nouvelle entrée du genre sur grand écran comme il avait pu l’être pour le jeu vidéo…

Hélas, le résultat est mitigé : à trop chercher à faire plaisir au fan, il n’innove que peu et reste dans ses clichés (orcs forts, humains agiles) de rôliste… Il n’en demeure pas moins un spectacle distrayant pour les amateurs de hauts faits qui se pose en premier épisode d’une saga plutôt qu’en one-shot.

En terme d’épisodes justement, les nombreux comics Warcraft sont là : qu’il s’agisse de courtes séries ou d’albums indépendants, l’univers est bien représenté. De nombreuses facettes de ce monde crépusculaire et guerrier sont explorées, tant du point de vue orc qu’humain, l’un des grands principes du jeu d’origine (sous-titré « Orcs & Humans ») et qui est aussi au coeur du film.

Conclusion

Outre que ce sont les jeux les plus vendus qui font l’objet d’adaptation en film, pour des questions de rentabilité évidente, ce n’est pas toujours facile d’intégrer les univers si construits dans un film de 90 min. C’est là que les auteur·e·s de BD se montrent plus ambitieux·ses, n’ayant pour seule limite que leurs pages. Malgré les imperfections des deux médias, chez les bibliothécaires on est de grands enfants toujours ravis de retrouver autrement des personnages avec lesquels on a passé du temps en jouant. Et pour qui ne connaît pas les jeux d’origine, il reste des films divertissants et des BD plaisantes.

… Et ça ne va pas s’arrêter. Rien qu’au cinéma, sont annoncés d’ici à 2019 : Tomb Raider, Minecraft, Uncharted et The Last of Us ! Sans compter les nombreux BD, mangas et comics qui vont envahir nos rayonnages !

On vous a convaincu ?

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