En 2012, Xavier Galaup, l’actuel président de l’ABF (Association des Bibliothécaires de France) écrivait dans son article Quelle place pour les collections musicales en bibliothèques ? : « l’arrivée du compact disque (CD) au début des années 1980, support économe en espace et plus solide que le vinyle, a permis le développement de discothèques de prêt dans les bibliothèques publiques. Selon l’annuaire en ligne des bibliothèques publiques, il existait 1257 fonds de CD sur 1780 bibliothèques dans des villes de plus de 5000 habitants en France. » Et la création d’une offre diversifiée dans tous les genres de musique, accessible au plus grand nombre sur le territoire français.

Depuis ?

Depuis, les usages de la musique en ligne se sont encore développés et chacun, à partir de son smartphone ou de son ordinateur, récupère ou stocke sa musique sur des disques durs ou la consulte directement en streaming. On n’emprunte plus forcément des cd en médiathèque. Les usages ont changé.

Dès lors, ajoute Xavier Galaup : « l’enjeu aujourd’hui est bien de mettre en valeur la musique et non pas les supports. La mise en scène des collections musicales à l’ère d’internet doit nous éloigner de la fadeur encyclopédique actuelle pour lequel le web nous bat à plate couture pour que nos espaces face preuve de singularité, c’est à dire des variations locales liées aux goûts et à la personnalité des bibliothécaires musicaux qui tiennent bien sûr compte du contexte dans lequel s’inscrit l’établissement où ils exercent. » On peut aussi ajouter mettre en valeur les lieux où l’on peut écouter de la musique et la partager.

Les bibliothécaires perçoivent que leur métier est de plus en plus orienté vers la médiation, la découverte, le relais entre les offres existantes et le public. Pourtant ils manquent d’outils ou de savoir-faire pour cela. Ils manquent également d’informations sur les besoins ou les envies réels du public.
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D’où l’idée de Perspectives sonores, une enquête sonore et musicale sous la forme de projets de designs (design thinking), réalisée avec 24 étudiant-es préparant L’INSITU LAB au Lycée Le Corbusier.
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INSITU LAB est le nom du Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués (DSAA) de l’Académie de Strasbourg. Il est proposé en priorité aux étudiants issus des formations BTS design d’espace, design graphique, design de produits et aux étudiants issus des classes préparatoires aux grandes écoles.
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Ce projet, sous la direction de Cécilia Gurisik, Danielle Martin et Nicolas Couturier, se déroulera du 2 septembre au 14 octobre 2016.
Pour la Médiathèque André Malraux, deux bibliothécaires du département Musique et Cinéma – Priscilla Winling et Elisabeth Rietsch – suivent cette étude prospective qui a pour but de questionner les relations entre une collection musicale et le territoire dans lequel la médiathèque s’inscrit.
Deux artistes-chercheurs sonores accompagnent la démarche : Pauline Desgrandchamps, designer et scénographe sonore et Martial Daunis qui se définit comme explorateur sonore.
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Il en résultera différentes propositions sur des modalités de médiation de la musique et plus largement du son. Huit questions comme huit terrains, font l’objet de cette étude prospective :
  • 1 – quelles expériences d’écoute de la musique dans le service Musique et cinéma ?
  • 2 – comment mettre en relation les collections des différents services de la médiathèque par la musique ?
  • 3 – comment informer les publics sur les collections ?
  • 4 – comment écouter de la musique dans l’espace public ?
  • 5 – comment écouter de la musique dans l’espace privé ?
  • 6 – comment permettre la participation des habitants à la vie de la collection ?
  • 7 – comment permettre un partage des cultures sonores entre les institutions de la Presqu’île pour les usagers ?
  • 8 – peut-il exister une collection “extérieure” par le son, à l’échelle du quartier ?

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L’étude dépasse ainsi d’emblée les murs de la médiathèque, déjà pleins de collections, pour aller questionner les lieux qui l’entourent ; le Shadok, le Conservatoire et l’association des habitants du quartier (AREM) n’étant pas les moindres éléments à englober dans cette réflexion.

L’objectif des étudiants ne sera pas de se substituer à un bureau d’étude professionnel mais de proposer des ébauches prospectives applicables à court, moyen ou plus long terme et permettant de nourrir concrètement la réflexion des différents maîtres d’ouvrages.

Les premières propositions sont attendues pour le 7 octobre. Les bibliothécaires musicaux du réseau sont impatients…

A suivre…

Franck Queyraud

Médiations numériques

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