Nous avons déjà parlé de dégooglisation des pratiques et des esprits, il est temps de se pencher sur un cas très concret : la recherche sur le Web. Avec les révélations d’Edward Snowden et le scandale de l’espionnage mondial des réseaux par la NSA (et malheureusement beaucoup d’autres agences gouvernementales), les internautes se sont rendus compte que rien de ce qu’ils faisaient sur les réseaux (Internet, téléphone) n’échappait à un œil indiscret, qu’il soit étatique ou mercantile…

Pour en savoir plus, écoutez la passionnante conférence de Jérémie Zimmerman et Léo Henry donné à l’occasion d’Avenir(s) d’Internet (milieu de page).

Faut-il pour autant baisser les bras ? Malgré cet espionnage généralisé, il est encore possible de retrouver un peu d’intimité quand on déambule sur le Web, à commencer par la porte d’entrée inévitable : le moteur de recherche.

Un rappel s’impose : il existe trois types d’outils dans la recherche sur le Web. Par d’ordre d’apparition les annuaires, les moteurs, les métamoteurs :

  • la première catégorie, alimentée humainement, a quasiment disparu. Dmoz en est certainement le dernier survivant ;
  • les moteurs de recherche fonctionnent grâce à des logiciels qui naviguent dans le Web en permanence pour y indexer les pages triées ensuite dans de gigantesques bases. Google est l’exemple le plus connu, mais il n’a rien inventé, succédant à des poids lourds oubliés : AltaVista, Excite ou Nomade ;
  • les métamoteurs, comme leur nom l’indique, sont des outils regroupant des données issues de plusieurs sources. Un métamoteur va transmettre votre recherche à plusieurs outils concurrents et vous renvoyer les résultats dans sa propre interface. Avantage : obtenir les meilleures réponses de plusieurs sources. Inconvénient : le métamoteur est tributaire de ses sources et ne propose pas sa propre indexation.

La domination de Google

Loupe
sibskull/OpenClipart, domaine public

Jetons un œil à l’état actuel de la recherche Web, et concentrons-nous sur la zone francophone : 90 % des recherches sur le Web s’effectuent via un seul site américain : Google (Alphabet). Ce pourcentage varie d’un pays à l’autre mais le constat est sans appel : Google est devenu synonyme de Web pour une majeure partie des internautes. Sur ordinateur, sur smartphone, sur tablettes, c’est souvent l’outil de recherche installé par défaut.

Google est une pieuvre puissante, symbole du capitalisme numérique qui arbore un logo aux couleurs chatoyantes qui masque une énorme régie publicitaire. La société est l’une des plus fascinantes de l’ère Internet par sa capacité à séduire par des services gratuits et innovants et par son incroyable mainmise financière sur la publicité en ligne et les milliards de données personnelles qu’elle brasse à chaque instant.

Google a bâti un empire sur vos données, vos historiques de recherche, votre profil et pense vous connaître au point de vous afficher ce qu’il estime vous intéresser : en effet, quand vous faites une recherche sur ce moteur, vous êtes dans une « bulle » qui va mettre en avant des résultats qui devraient vous convenir (avez-vous vu Minority Report ?). Ce qui à terme réduit forcément l’ouverture d’esprit et la curiosité.

Des concurrents au coude à coude

Quelles sont les alternatives ? Principalement des concurrents qui chassent sur les mêmes terres. Qu’il s’agisse de gros acteurs internationaux comme l’américain Bing (Microsoft), le russe Yandex ou le chinois Baidu. Des acteurs locaux tirent leur épingle du jeu comme le sud-coréen Naver ou le tchèque Seznam ; en France, Orange propose Le Moteur. Rien de bien réjouissant dans cette litanie : il s’agit de sociétés qui exploitent directement ou indirectement leurs immenses bases de données d’informations pour monétiser leurs services.

A cette absence de contrôle de la part de l’internaute s’ajoutent les lois : Yandex et Baidu sont soumis à leurs régimes autoritaires, Google et Bing doivent appliquer les lois étasuniennes dont le Patriot Act (loi anti-terroriste consécutive au 11 septembre qui impose un accès illimité à toutes données par les agences de sécurité du gouvernement). Pas très rassurant… En France, la nouvelle loi relative au renseignement va malheureusement dans le même sens.

Le choix de l’anonymat

Comment faire l’impasse sur ces portes d’accès populaires ? En faisant preuve d’esprit critique et de curiosité : il ne faut pas chercher très loin pour trouver des outils de recherche qui défendent l’anonymat des utilisateurs et la neutralité des recherches. Aucune information sur l’internaute ou la navigation n’est conservée. Aucun « élément de contexte » n’entre dans le choix des réponses.

Notre rôle de bibliothécaire étant, entre autres, de favoriser l’accès à la culture, à la connaissance et à l’information, nous avons donc sélectionné et testé différents outils de recherche anonyme à découvrir ci-dessous. Nous avons ciblé les outils de recherche accessibles via navigateur uniquement (sans plugin), en français et utilisables tant sur ordinateurs que sur smartphones ou tablettes. Chacun à ses forces et ses faiblesses, il y aura toujours des failles de sécurité, des détails indésirables, des lois liberticides mais tous méritent une chance et offrent la possibilité d’aborder la recherche avec un œil neuf.

A ceux qui nous feraient remarquer qu’il manque dans notre liste DuckDuckGo et Disconnect Search, champions de l’anonymat au pays de l’Oncle Sam, nous objectons que si le premier connaît un succès sans précédent depuis les révélations de Snowden, et le second propose une surcouche intéressante sur les moteurs de Google, Bing et Yahoo!, leurs serveurs basés aux Etats-Unis sont soumis aux lois de ce pays. Ce n’est donc pas forcément les meilleurs choix…

Les outils de recherche anonymes

(Présentés par ordre alphabétique.)

Framabee

Framabee

Proposé par l’association française pro-libre Framasoft, Framabee est un méta-moteur basé sur le projet Searx, un logiciel libre que chacun peut installer pour créer son propre moteur de recherche. Framabee en est l’une des instances et se veut simple d’utilisation, rapide et efficace. Les réponses des moteurs d’origine sont mentionnées dans les résultats. Les résultats sont satisfaisants mais il faut savoir être précis dans ses requêtes.

La recherche d’images est perfectible. Mais c’est le seul outil entièrement libre de notre sélection, il mérite d’être mis en avant !

Framabee propose aussi un nom alternatif facile à mémoriser : Trouvons.org !

Hulbee

Hulbee

Moteur de recherche suisse, Hulbee est pertinent mais l’interface mériterait d’être modernisée pour une meilleure ergonomie. Il n’en est pas moins fonctionnel et propose notamment un outil de traduction assez performant.

Qwant

Qwant

Moteur franco-allemand, Qwant affiche une interface moderne, dynamique et évolutive. Les résultats s’améliorent régulièrement et sont plutôt satisfaisants. La recherche d’images est efficace, les réseaux sociaux sont pris en compte et il est possible de chercher uniquement des articles de presse.

Une version légère adaptée aux vieux ordinateurs existe également : Qwant Lite, ainsi qu’une version pour les enfants dont nous avons déjà parlé.

Startpage

Starpage

Startpage est un moteur d’origine néerlandaise qui garantit la confidentialité des recherches. Il propose la même interface mais ne propose qu’une source : Google. Ce n’est donc pas un métamoteur mais bien un outil anonyme interfacé entre Google et l’internaute. Startpage n’effectue aucun tri en fonction de votre profil ou de votre historique, et n’en garde aucune trace. Plusieurs options de recherche accentuent la pertinence de l’outil et la recherche d’images est correcte.

De plus, pour contourner la censure et garantir un peu plus l’anonymat, chaque site est consultable via un proxy anonyme directement depuis la page des résultats.

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