« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

Benjamin Franklin, 1785–1788

Vous utilisez certainement Facebook ou Amazon, vous faites probablement vos recherches sur Google, vous profitez des nombreux services et logiciels proposés par ces sociétés et d’autres encore comme Microsoft ou Apple parce qu’ils sont pratiques, performants et confortables et parce que tout le monde les utilise ! Tout est gratuit, du moins en apparence. Car comme dit l’adage, si c’est gratuit, c’est vous le produit !

En réalité, ces sociétés constituent d’énormes bases de données sur vous, stockant des informations vous concernant, en créant de nouvelles à partir d’algorithmes complexes.

Ainsi, Google est une énorme régie publicitaire qui doit cibler au mieux les clients de ses annonceurs, Amazon essaie de vous vendre ce dont vous avez envie avant d’y penser, Facebook connaît votre vie, vos amis, vos centres d’intérêts et plus encore ; les smartphones, tablettes, ordinateurs, consoles de jeu sont de plus en plus connectés pour vous assister, vous observer, vous surveiller, vous espionner.

Tous ces outils sont mis au point par des sociétés privés pour leurs propres intérêts, elles tirent profit des informations vous concernant grâce à leur collecte, leur traitement, leur stockage et leur commerce. La majorité de ces entreprises ont leur siège aux Etats-Unis, un pays où la surveillance de masse est avérée, y compris hors de ses frontières. Malgré les scandales, entreprises privées et gouvernements (y compris le nôtre) nous espionnent, enregistrent nos vies en permanence. Vous pensez que vous n’avez rien à cacher ? Cela revient à supprimer la liberté d’expression parce qu’on n’a rien à dire.

Votre vie privée doit être préservée, c’est un droit fondamental garanti par la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Et dans une société démocratique, la vie privée est essentielle à la mise en œuvre d’autres droits fondamentaux tels que les droits d’expression ou d’association. N’est-il pas l’heure d’envisager une « dégooglisation » des outils et des esprits ?

Etat des lieux

Centralisation

Ces dernières années ont vu se généraliser une concentration des acteurs du Web : YouTube appartient à Google, WhatsApp à Facebook, Skype à Microsoft… Ces géants tentaculaires mettent en danger nos vies numériques, non seulement parce que leur concentration freine l’innovation, mais surtout parce qu’elle entraîne une perte de liberté pour les utilisateurs. Nous devenons peu à peu dépendants de services fournis par un petit nombre d’acteurs.

Apple (OS X/iOS), Google (Android) et Microsoft (Windows) se partagent la quasi-totalité du marché des systèmes d’exploitation pour smartphones et ordinateurs. La taille de ces acteurs bride l’innovation : difficile de lancer une start-up face à Apple ou Google, première et deuxième capitalisations boursières mondiales.
Le manque de diversité de ces géants leur donne aussi la possibilité non seulement de collecter facilement des informations personnelles, mais aussi d’altérer l’information qu’ils diffusent : une recherche via Google sur le mot « nucléaire » n’affichera pas les mêmes liens suivant que Google vous perçoit comme un militant écologiste ou un pro-nucléaire.

Espionnage

 Nos comportements sur le Web sont espionnés en permanence : ces informations peuvent servir à afficher de la publicité ciblée, mais les révélations de l’affaire Snowden ont aussi prouvées que les géants du numérique étaient contraints de communiquer ces données parfois extrêmement privées à des services gouvernementaux. Sous prétexte de lutte contre le terrorisme, les Etats sont capables aujourd’hui d’obtenir bien plus d’informations qu’on ne saurait l’imaginer.

Vie privée

Nos données sont une extension de nous-mêmes : elles peuvent indiquer où nous sommes, avec qui, notre orientation politique ou sexuelle, les sites que nous avons visités, notre recette préférée, les sujets qui nous intéressent… Si une donnée seule, prise indépendamment, n’est pas forcément sensible, un ensemble de données peut le devenir : par exemple, si vous avez fait des recherches sur le cancer avant de souscrire à une assurance-vie.
Dans un monde où tout devient numérique (lecture, télévision, téléphonie, musique, réseau social…), notre vie privée est un élément essentiel de ce qui fait de nous une personne singulière. Quelqu’un de malveillante ayant accès à votre smartphone peut en apprendre suffisamment sur vous en quelques minutes pour vous causer des torts importants : usurpation d’identité, détournement d’informations professionnelles, arnaques financières…

Fermeture des services

Les services Web utilisés sur votre ordinateur ou votre smartphone sont généralement exécutés dans les nuages (cloud) : des serveurs dispersés sur la planète, stockant à la fois vos données et vos applications. Le problème de la pérennité des données se pose : que deviennent vos fichiers si Dropbox ou Google Drive ferment ? En 2012, de nombreux utilisateurs ont perdus des fichiers avec la fermeture du populaire MegaUpload. Cela pose également problème si vous souhaitez changer de service : comment récupérer l’ensemble de vos photos sur Facebook ou Picasa et les réinsérer avec les commentaires dans un autre service ?

Pour les applications, vous êtes à la merci de changements impromptus selon le bon vouloir du fournisseur : ajout de publicité, modification de l’interface… Vous n’avez aucun contrôle sur ce que les applications peuvent faire, ce sont des boîtes noires qui peuvent agir de façon malveillante : envoyer des SMS à votre insu, exécuter du code indésirable, etc. De nombreuses applications au-dessus de tout soupçon ont été récemment infectées par du code malveillant sur l’App Store, alors même que la boutique d’application d’Apple se vante d’être sûre et sans danger…

A retenir

Internet a été conçu comme un réseau décentralisé et ouvert. Mais on assiste actuellement à une concentration d’ acteurs du Web et à une centralisation des services, des données et des risques. Des géants américains comme Google, Amazon, Facebook, Apple ou Microsoft devenus omniprésents stockent, organisent, exploitent et contrôlent les données personnelles des internautes dans leur propre intérêt rarement philantropique, au détriment de la vie privée et de la liberté. Cette centralisation pose également le problème de la sécurité des données et de leur accès par les gouvernements qui ne se privent pas d’espionner les citoyens.

Se « dégoogliser »

Carte Dégooglisons InternetLe projet de Framasoft

En 2014, l’association Framasoft s’est lancée dans un ambitieux projet afin de proposer une alternative libre, éthique, décentralisée et solidaire à ces problématiques : « Dégooglisons Internet ».

Framasoft est une association issue du monde éducatif et consacrée principalement au logiciel libre. Elle s’organise en trois axes sur un mode collaboratif : promotion, diffusion et développement de logiciels libres, enrichissement de la culture libre et offre de services en ligne libres. Par libre, on entend les quatre libertés fondamentales du logiciel libre :

  • exécution pour tous les usages
  • étude du fonctionnement et modification pour effectuer les tâches souhaitées
  • redistribution de copies
  • distribution de copies des versions modifiées

Pour qu’Internet reste fidèle aux principes fondateurs qui l’ont conduit à son succès, il est important d’utiliser autant que possible des logiciels au code source libre qui garantissent la pérennité des données et de l’information. Le partage et l’indépendance impliquent transparence, conditions d’utilisation claires des services et équité.

Framasoft œuvre aux côtés d’autres associations de défense des droits et libertés numériques, de l’ouverture informatique et de la libre circulation de la connaissance telles que la Quadrature du Net ou l’April. La solidarité des utilisateurs est essentielle car chacun a des compétences à apporter : qu’il s’agisse d’utiliser, de promouvoir, de développer ou d’expliquer des services et logiciels libres.

Les outils

 Soyons réalistes, il n’est pas toujours aisé de remplacer à l’identique un outil éprouvé. Voici des pistes pour débuter votre « dégooglisation ». Nous avons sélectionné certains outils alternatifs à ceux de Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, plus quelques autres. Certains sont des services en lignes proposés principalement par Framasoft, d’autres sont des logiciels à installer.Outils alternatifs

  • Mageia: système d’exploitation GNU/Linux d’origine française issu de Mandriva Linux et qui s’affirme un peu plus à chaque version. Il est polyvalent et conviendra pour la plupart des usages.
  • Linux Mint: système d’exploitation GNU/Linux communautaire basé sur Ubuntu, lui-même basé sur Debian GNU/Linux. Intégrant tous les outils pour un usage multimédia et quotidien, il est à réservé à ceux qui préfèrent un environnement classique, simple et efficace.
  • LibreOffice: suite bureautique concurrente directe de Microsoft Office, idéale pour un usage tant personnel que professionnel. LibreOffice découle du projet OpenOffice.org, qui a également engendré Apache OpenOffice.
  • Framadrive: espace de 2 Go dans le cloud utilisable en ligne ou via des applications. Gratuit, il concurrence des services tels que Google Drive, Dropbox ou MEGA.
  • Firefox: navigateur Web moderne et respectueux des standards et utilisables sur de nombreux systèmes d’exploitation. En plus de ses nombreuses fonctionnalités de base, il peut être enrichi grâce à de nombreuses extensions.
  • uBlock Origin: extension pour Firefox dont le but est de bloquer les publicités et les traqueurs. Léger, efficace et personnalisable, cet outil est le compagnon idéal pour un surf privé et plus rapide.
  • Framabee: méta-moteur de recherche basé sur le Searx dont il est l’une des nombreuses instances. Il préserve l’anonymat et n’enregistre aucune données, évitant ainsi le piège de la « bulle de recherche » chère à Google et ses semblables.
  • OpenMailBox: messagerie sans publicité et gratuite, qui n’espionne pas ses utilisateurs. Basée sur des logiciels libres.
  • Diaspora* : réseau social libre et décentralisé. Moins fréquenté mais aussi moins pollué que Facebook dont il s’inspire.
  • Framadate: sondage en ligne.
  • Framadrop : partage anonyme de fichiers.
  • Jamendo: écoute et téléchargement gratuit de musique indépendante libre ou de libre diffusion.
  • Framabookin: bibliothèque de livres gratuits libres ou du domaine public.

A retenir

L’association Framasoft qui promeut l’informatique libre et un Web ouvert a lancé le projet « Dégooglisons Internet » qui consiste à proposer des services en ligne alternatifs à ceux des géants du Web mais respectueux de le la vie privée de l’utilisateur, de sa liberté, des données et basé sur des sources ouvertes. Ces outils libres et gratuits sont destinés à être réutilisés et installés par les utilisateurs eux-mêmes. Vous pouvez les trouvez sur Dégooglisons Internet. En ce qui concerne les logiciels, vous pouvez vous rendre sur cLibre ou, pour les plus enthousiaste sur PRISM Break Pour un système moderne, performant et fonctionnel, nous vous conseillons GNU/Linux et plus particulièrement Linux Mint (Linux Mint, Mageia ou Handy Linux (grands débutants).

Conclusion

 Les géants du Web ont su concevoir des services et des outils quasiment indispensables, en tout cas difficiles à remplacer. Des alternatives existent mais il est parfois difficile de se défaire de ses habitudes, de son confort. Tout est question de volonté. Vous ne souhaitez plus être surveillé, observé, enregistré ? Alors agissez. Ne soyez pas fous, n’abandonnez pas tous vos outils d’un coup.

A l’image d’un fumeur qui souhaite arrêter, une période transitoire est indispensable. Commencer par changer de moteur de recherche, installez Firefox et LibreOffice, créez-vous une nouvelle adresse de courriel chez un fournisseur respectueux, utilisez des services comme Framadrop popur partager vos fichiers, etc. Prenez le temps de comprendre les changements qui arriveront, à quoi ils vous engagent. Mais gardez toujours à l’esprit qu’après, vous vous sentirez un peu plus libres. Et la liberté, ça n’a pas de prix.

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