Street of Rage, Ecco the Dolphin, Alex Kidd in Miracle World, Golden Axe, ÇA c’était du jeu, disent les quadragénaires… Ah bon, pourquoi ?

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Golden Axe sur PC (screenshot Abandonware France)

 Bon, je vais pourfendre une idée reçue (et ce n’est pas toi au fond, avec ta manette de PS4, qui va me contredire !) : un jeu, a fortiori vidéo, c’est avant tout fait pour divertir ! On peut passer une excellente soirée en jouant au Time’s Up – et vous admettrez que l’aspect du jeu est loin de casser trois pattes à un canard – et en parlant de volatile, on peut se canarder aux jeux de dames, qui n’est pas vraiment le top glamour du design… Bref, l’aspect physique ne fait pas tout, loin de là (l’essentiel, c’est la beauté intérieure). C’est avant tout le concept, la jouabilité qui va faire d’un jeu un bon jeu !

Il y a quelques années, j’avais acquis un jeu de cartes superbement illustré : Dungeoneer. Un jeu d’exploration de donjon où l’on jouait tour à tour l’aventurier puis les monstres. L’idée était sympa : on construisait le donjon avec des cartes, du coup chaque partie devait être différente. MAIS… je n’ai jamais pu y jouer ! J’ai bien essayé, avec un ami, nous avons passé une moitié de nuit à essayer de comprendre les règles. La traduction française était incompréhensible. Je m’étais laissé avoir par le graphisme très réussi du jeu et j’avais complètement omis toute dimension ludique…

Vous voyez où je veux en venir ? Dire que les jeux vidéo étaient mieux avant, c’est évidemment pure provocation. Il y a de très bons jeux actuellement mais ce ne sont pas forcément les plus connus, les plus beaux, les plus pédants qui sont les plus intéressants. L’esbroufe technique ne fait pas tout.

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The International, tournoi annuel de DOTA 2 (photo Jakob Wells, CC-BY)

Alors que l’industrie vidéoludique pèse à elle seule autant que toutes les autres (cinéma, musique, littérature et tutti quanti), on classe pseudo-scientifiquement les joueurs en deux catégories : les hardcore gamers et les casual gamers. En français, à peu près les « joueurs extrêmes » et les « joueurs occasionnels ».

Les premiers jouent souvent sur PC, voire PS4, ils finissent très vite des jeux très compliqués avec des milliards de niveaux d’expérience, ils ont des claviers de warriors et des écrans de malades, et ils forment une caste avec ses codes et son langage…

Les seconds, les casual, c’est tout les autres ! Ceux qui jouent sur une console Nintendo ou un smartphone, qui aiment les jeux de groupes comme Just Dance ou les Lapins Crétins, qui s’éclatent dix minutes sur Angry Birds ou Farmville. Bref, c’est moi. Je suis un casual et je le suis devenu parce que les jeux ont changés.

Alors que les performances technologiques ont explosées ces dernières années, les jeux vidéo sont devenus plus beaux, plus complexes, et leur richesse a paradoxalement conduit à la pauvreté de mon intérêt. Parce que moi, Madame, j’ai joué à SRAM, Bomb Jack ou Yie Ar Kung Fu (moi aussi, ndlr), s’il-vous-plaît ! J’ai castagné à Double Dragon ou Target Renegade, j’ai dézingué à RoboCop, j’ai décapité à Barbarian ! (Bon, d’accord, ça a l’air violent mais je n’ai pas tourné psychopate…) Je m’intéresse aux jeux actuels, je feuillette des revues, je lis des blogs, mais… je joue très peu parce que la plupart du temps, la prise en main est aussi lourde qu’un âne crevé ! Pas que j’y arrive pas mais j’en ai pas envie…

Target Renegade, c’était six boutons : quatre directions et deux coups (poing et pied). Le jeu se lançait en trente secondes et c’était parti ! ‘Gaffe la racaille, j’arrive !

Aujourd’hui, les consoles de jeu sont des centres multimédia. Idem pour les PC et leur Windows boursouflé. Ils font pleins de choses et affichent une belle puissance technologique : haute définition, écran géant, streaming de jeux… C’est bien cool mais si le jeu n’est pas intéressant, ça ne sert à rien !

Alors voilà, moi je préfère les jeux d’antan (oh papy !), ceux qui avaient des gros pixels, ceux qui se prenaient en main en moins de cinq minutes, qui n’imposaient pas de politiquement correct, qui laissaient rêver des créateurs exceptionnels (Jordan Mechner, Eric Chahi, John Carmack…) qui forgeaient des mondes dans leurs coin de bureau, des jeux qui ne t’obligeaient pas à t’inscrire pour jouer, à te connecter pour jouer, à te faire signer des pactes démoniaques pour jouer !

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La première Megadrive de Sega, version japonaise (photo domaine public)

On retrouve encore cet esprit chez les défricheurs indépendants, les créateurs de jeux amateurs, qui conçoivent les jeux vidéo comme un art et pas comme une course à la performance. C’est parce que je m’amuse sur Blockinger sur smartphone et parce qu’à la médiathèque Sud nous aimons les jeux vidéo que nous voulons revenir à l’essentiel : le gaming. Et même le retrogaming ! Un mot un peu barbare pour désigner ce plaisir adulescent du jeu d’antan, pixels et musique 8 bits compris.

Le 20 décembre 2014, le retrogaming sera à la MSud : quizz pour tester vos connaissances sur le sujet, projection de vidéos de la culture retro, expo pour verser des larmes sur les Super Nintendo et autres Game Gear, prise en main de consoles mythiques (Nintendo 64, PlayStation…) et jeux Megadrive sur grand écran (via PS3) ! La classe !

 Précisons encore que c’est à 10h à la Médiathèque Sud d’Illkirch-Graffenstaden, que c’est gratuit et sans inscription (c’est aussi ça le service public) ; et que c’est le moment d’enfiler ce T-shirt Space Invaders qui vous rend si fier quand vous le portez !

Les parents pourront enfin prouver à leur progéniture qu’ils sont encore des cadors au pad : il fallait juste trouver l’occasion !

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