lenaurne

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  • Vos livres sont publiés régulièrement sous forme imprimée… Qu’apporte le numérique pour vous dans l’art de raconter des histoires ?

Léo :  le numérique change tout, y compris pour les histoires crées sur papier. Que l’on en ait pleinement conscience ou non, notre rapport à la culture a été entièrement bouleversé par l’arrivée Internet. Mais les changements sont si colossaux et rapides que ces nouveaux outils sont encore peu utilisés pour la création. Il n’existe quasiment pas de littérature numérique, de textes écrits sciemment pour les nouveaux supports. Pour un artiste, c’est un pays neuf et très excitant.

DES ORIGINES DU PROJET LE NAURNE…

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  • Pourriez-vous nous expliquer les différentes étapes de création du projet (envies-idées-concrétisation/embûches…) ?

LUVAN : d’après mon ordinateur omniscient, j’ai créé un dossier Le Naurne le jeudi 4 août 2011 à 09:25. Ça fait donc officiellement plus de 3 ans que ça mijote ! Et probablement plus. Je crois que ça a mûri pas mal dans la tête de Léo avant qu’il m’embarque. Il m’a embarquée au bar Verschueren, à Bruxelles. L’idée de bosser avec lui et d’investir cet espace peu exploité du web et de la littérature m’a aussitôt enthousiasmée. On a commencé à écrire tout en cherchant notre troisième matelot, pour la partie développement. On cherchait un profil de créateur/ice, pas de simple exécutant(e). C’était la phase la plus compliquée, mais on y croyait à mort ! Et maintenant, Laure est là (grâce à Léo).

Léo : première traces du projet en 2005 pour moi, avec une histoire pensée pour un livre papier. Il n’en reste que l’idée de base, celle du complexe hospitalier utopiste à réhabiliter, au sein d’une grosse ville européenne. Et celle du déroulement dramatique (dont il convient de ne rien dire pour l’heure). En 2010, au moment de la fondation de la webrevue Angle Mort, j’avais commencé à réfléchir à ce que pourrait être une littérature pensée pour le numérique et recyclé cette idée restée dans les cartons. Ensuite l’histoire rejoint celle de luvan. On s’est lancé dans la rédaction à l’été 2011 et comme on faisait d’autres trucs en parallèle ça n’avançait pas trop. Il y a eu une étape de boulot assez fertile avec l’équipe d’Angle Mort, mais qui n’a pas abouti. Et à l’été 2013, on s’est réuni à Bruxelles avec Laure (et Emmanuel Gob, spécialiste du livre numérique) pour s’y mettre pour de bon. On a fondé une association et entamé des démarches vers les institutions publiques, qui se sont avérées très fructueuses (le Naurne est soutenu par la DRAC, la Région Alsace, la CUS, la maison poésie d’Amay, et Malraux qui nous accueille en résidence). Cette fois c’est bon, on est dedans.

  • Concernant votre trio, aviez-vous déjà eu l’occasion de travailler ensemble, de vous croiser ? Léo et Luvan, chez l’éditeur Dystopia peut-être ? Laure et Léo chez La Volte ?

LUVAN : j’ai rencontré Léo au restaurant La Vierge Noire, à Bruxelles, le 14 février 2003, par l’entremise des défuntes éditions de L’Oxymore, qui ont fait en leur temps un très bon boulot de découverte de nouveaux talents. Mais honnêtement, je n’ai aucun souvenir de cette soirée, si ce n’est qu’elle était drôle, bruyante et arrosée. Nous apprécions mutuellement nos textes. Je suivais de près ses actus. Un jour, Léo m’a contactée pour une antho et ensuite…

Léo : Luvan et moi on se connaît de nos premières publications, au début des années 2000. J’ai eu l’occasion de présenter son boulot à l’équipe de Dystopia, ce qui a abouti à la publication du super recueil CRU. Et on a rencontré Laure Afchain via la volte-connexion, une nébuleuse chaleureuse et ouverte (qui se réunit une fois par mois au bistro). Entre autres mérites, Laure est la créatrice de la police La Volte, créée pour cette maison d’édition. Elle fait aussi la maquette des livres de Dystopia. C’est dire si tout se recoupe.

  • Léo, on vous sentait déjà très investi « numériquement parlant », notamment avec votre projet de nouvelles par mail ; ce projet, c’est une suite logique pour vous ?

Léo : la temporalité de parution désorganise ces suites logiques ! J’ai eu l’idée des nouvelles par email bien après avoir commencé le boulot sur le Naurne. C’est un projet qui travaille une autre dimension de la littérature numérique, celle de la diffusion / distribution. Pour moi ça a presque plus à voir avec le fanzinat qu’avec une expérimentation sur de nouveaux outils. L’email n’a absolument rien de neuf en termes de technologie. Il est en place depuis les années 80 et c’est sans doute l’aspect du net qui a posé le moins de problème aux gens quand ils ont découvert cette technologie. Ce qui m’a le plus surpris, du coup, quand je me suis lancé là-dedans, c’était de découvrir que l’équivalent n’avait pas déjà été fait cent fois.

INFLUENCES

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  • Vous revendiquez certaines influences en littérature fantastique, comme Danielewski ; d’autres sont plus sur la forme, comme L’Art invisible de Scott McCloud sur la BD : pouvez-vous nous expliquer en quoi cela nourrit votre écriture ?

LUVAN : je me rends rarement compte de mes influences littéraires au moment d’écrire. J’intériorise beaucoup et intellectualise peu. Je n’ai aucune formation littéraire. Certains livres ont été pour moi des « déclencheurs » clairs, mais plus dans le fond que dans la forme, et parce qu’ils m’ont donné envie de m’introduire dans leurs brèches. Ainsi, American Gods de Neil Gaiman a « déclenché » Le Chevalier Rouge (roman illustré par Laurent Sautet, Maelström, mai 2015, à paraître), Le Club des Policiers Yiddish de Michael Chabon, Walvis Blues (Maelström, 2013). Mais ce n’est pas systématique.

Léo : Scott McCloud a cassé pas mal de murs conceptuels avec son bouquin sur la bédé et proposé une lecture globale et originale d’un médium très sous-considéré (en particulier aux Etats-Unis, ou il est toujours assimilé au pulp et à la littérature adolescente). Dans la foulée, il a prolongé son analyse par un livre entier de prospective (Réinventer la bande dessinée, paru en 2000), réfléchissant à comment le numérique allait pouvoir révolutionner ce champ, et en particulier du point de vue de l’artiste. Quinze ans après, le chantier est toujours ouvert et a été très peu investi.

  • Léo, vous êtes le co-auteur de l’univers de Yirminadingrad avec le regretté Jacques Mucchielli ; un dernier recueil de nouvelles va bientôt paraître, et Luvan figure au nombre des auteurs y participant : est-ce que cela a nourri le projet du Naurne ?

Léo : Là encore, la temporalité est inverse. Je suis allé voir luvan en 2011 pour lui demander d’écrire un texte de ce recueil, et dans la suite de la même conversation, on a commencé à esquisser les contours de ce qui allait devenir le Naurne. À l’époque, Jacques était encore en vie, et il a participé de façon subliminale à la mise en place de l’un des épisodes. Il aura droit à sa petite apparition (fantomatique) dans la prochaine livraison.

  • Question en découlant : quand vous travaillez sur plusieurs projets à la fois, est-ce que vous essayez de bien compartimenter, ou alors vos différents projets sont-ils interconnectés, consciemment ou non ?

Léo : mon cerveau est ainsi fait que je ne peux pas travailler longtemps sur une seule chose. Plus je me concentre sur un projet unique, plus des idées totalement différentes me viennent. Après, je suis assez bien cloisonné dans ma tête, et s’il y a des porosités, elles sont normalement voulues. Mes personnages et motifs passent peu d’un travail à l’autre. Je peux cependant choisir de relier les projets (j’ai fait une nouvelle par email spin off du Naurne, par exemple).

 

  • Luvan, un des personnages de votre nouvelle Walvis Blues s’appelle Nisrin Saïdoune ; dans cette nouvelle, on y évoque le terme « khamsin » que la Nisrin du Naurne répète comme une incantation, on y parle d’un vieil hôpital désaffecté… oserai-je vous demander un éclaircissement… ?

LUVAN :  oui, c’est bizarre non ? J’ai écrit Walvis Blues après avoir « créé » la Nisrin du Naurne. Elle est arrivée là par hasard. C’est une Nisrin plus mûre. C’était forcément elle. Je me suis permise de l’emprunter. Et le khamsin, j’ai grandi avec. Il me suit partout. Pénible, parfois. Bon mais voilà. Chez moi, les projets d’écriture, surtout lorsqu’ils sont simultanés, s’interpénètrent toujours. J’ai décidé d’arrêter de poser des cloisons en placoplâtre dans mon cerveau et de laisser tout ça vivre sa petite vie.

ECRITURE

  • Comment procédez-vous pour ce travail d’écriture à 4 mains ?

LUVAN : pour le moment – mais on se réserve le droit de casser cette habitude – on réfléchit préalablement à l’intrigue, on se partage les développements narratifs, on se donne parfois une contrainte de figure ou de thème ainsi qu’une deadline et vogue la galère ! Face au résultat, on est chaque fois stupéfait des liens, similitudes et autres chevauchements cérébraux dignes d’un film d’épouvante. On a travaillé un épisode en résidence, auprès de la Maison Poésie d’Amay (Belgique). Le processus – et son issue – étaient identiques. En décembre prochain, nous repartons à Amay – cette fois avec Laure – pour peaufiner un autre épisode. Qui sait ?

  • Les styles d’écriture varient beaucoup d’un personnage à l’autre : vous chargez-vous personnellement de Sernin ou Nisrin ?

LUVAN : pour le moment, oui. Mais ne vous attachez pas.

  • Petit détail : Sernin/Nisrin, c’est quasiment un anagramme ; c’est pour brouiller les pistes entre les 2 ? car on ne peut pas dire que les personnages soient très semblables au premier abord…

LUVAN : c’est arrivé par le plus pur des hasards. Comme je disais. Stupéfaction.

Léo : (rien à ajouter)

Interview à suivre…

Prochains RDV à la Médiathèque : Mercredi 4 février et Vendredi 19 juin

et prochain épisode le 31 octobre sur lenaurne.fr

Entretiens Léo Henry – luvan avec Olivier Fournier et Franck Queyraud (Médiathèques de Strasbourg) /// Le Naurne 2014

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RAPPEL DU PROJET

 

LE NAURNE Création d’une oeuvre littéraire numérique

Au centre d’une grande ville européenne, un complexe hospitalier à l’abandon est racheté par un entrepreneur. Les lots sont découpés, les bâtiments réhabilités en logements,  les premiers habitants emménagent.
Sernin est embauché comme gardien, Nisrin comme femme de ménage. Les deux jeunes gens découvrent le labyrinthe du chantier, ses recoins, ses sous-sols, et entrevoient des choses qui auraient du rester cachées. Des bruits derrière les murs. Des ombres au bout des corridors.

LE NAURNE est un feuilleton fantastique, empruntant à la fois à la littérature de maison hantée et à la narration de la série télé. Il est composé de quinze épisodes à découvrir sur Internet, mis en ligne d’octobre 2014 à juin 2015. Les textes qui le composent exploitent diverses possibilités d’affichage propre au numérique.

LE NAURNE est le fruit du travail de trois auteurs : les écrivains Léo Henry et Luvan, et la graphiste et progammeuse Laure Afchain.

Léo Henry écrit. Depuis 2002, il a publié trois romans, quatre albums de bande-dessinées et une centaine de textes courts. Il vit à Strasbourg d’où il poste, chaque mois, une nouvelle inédite à destination du reste du monde.

Luvan écrit, réalise des fictions radios et pratique la performance.
Depuis 2001, outre ses pièces et réalisations, elle a publié 2 romans, une novella, un recueil de nouvelles et 17 textes courts. Elle vit à Bruxelles.

Graphiste couteau-suisse installée à Paris, Laure Afchain s’emploie à étendre le terrain de jeu : typographie, dessin de caractères, récit dessiné, programmation, animation…  De quoi plonger dans les grands fonds pour en exprimer leur plus petite forme.

 

LE GENERIQUE

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LE NAURNE
feuilleton de littérature numérique en 15 épisodes

lenaurne@gmail.com

créé par Léo Henry, luvan et Laure Afchain

Auteurs : Léo Henry et luvan
Corrections : Bertrand Bonnet
Auteur invité : Jacques Mucchielli (épisode 2)
Mise en page et code : Laure Afchain

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Le Naurne existe grâce au soutien de :

La DRAC Alsace et la Région Alsace

dans le cadre du Fonds régional
de soutien à l’économie du livre

Le Shadok
saison 2014 hors-les-murs

La Médiathèque André Malraux dans le cadre de L@ppli

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La résidence d’auteurs
de la Maison Poésie d’Amay

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Le Naurne est porté par l’association
Les Règles de la nuit

lesreglesdelanuit@gmail.com

SIRET 799 873 138 00017

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