Duc de Noailles, adjoint au département Musique et Cinéma de la Médiathèque Malraux, en visite au Centre Pompidou (Paris) l’hiver dernier, est tombé nez-à-nez avec un Pong réinventé (en 1999) par l’artiste Pierre Huyghe. Impressions.

Art-Vidéo-Atari Light-Pierre Huyghe_1

Peux tu nous décrire Atari Light, l’installation de Pierre Huyghe que tu as visitée ?

Quand tu rentres dans l’expo de Pierre Huyghe, tu es tout de suite happé par le son, la voix de l’artiste qui surgit d’on ne sait trop où dans la première pièce. Tu arrives dans un second espace, plus vaste qui ouvre sur la suite de l’exposition. Là, t’es interpellé par des bips d’un son que tu identifies comme analogique et qui te ramène dans ta tête, au moins jusqu’aux années 80. Au loin, un filet de voix de Kate Bush s’échappe d’une vidéo, te confortant dans un territoire qui te semble familier.

Là, tu lèves les yeux, et tu tombes sur… Atari Light. C’est un plafond lumineux, constitué de 12 x 12 dalles. De ton côté, 3 dalles contiguës sont allumées, et la même chose à l’opposé. Entre les deux, les dalles s’allument et s’éteignent l’une après l’autre, créant le mouvement qui s’accompagne des bips que tu as déjà bien intégrés. C’est à ce moment-là que ton cerveau réalise qu’il est en présence d’un Pong qui te surplombe crânement !  Tu reprends tes esprits, tu vois deux fils qui pendent du plafond de chaque côté de l’installation. Au bout de chacun des fils, un boîtier. Sur le boîtier, un seul bouton ! Tu tournes à gauche, ta raquette-3dalles part à gauche ; tu tournes à droite, elle part à droite. Tu crées le contact avec la dalle « mouvante » qui vient vers toi, tu renvoies la balle/dalle. Pas de contact, et tu entends un buzz qui te fait comprendre que tu es nase. Voilà, à toi de jouer…

As-tu pu jouer avec un autre visiteur ?

Alors oui. Soit tu es seul et tu affrontes l’adversaire programmé, qui m’a semblé moins balèze que dans d’autres versions. Soit un autre visiteur se saisit du boîtier en face, et l’interface bascule en mode 2-players. Ce qui est bien, c’est que, le temps que le type en face fasse le cheminement hautement intellectuel que je t’ai expliqué avant – les yeux baissés sur son boîtier à un seul bouton -, tu peux lui en mettre plein la tronche. Tu repars, satisfait d’avoir marqué plus de points que ton adversaire du jour, qui de son côté, a exactement le même sentiment, vu qu’aucun compteur ne vient matérialiser ta réussite hors norme.

 Godard disait (en gros) : quand on regarde la télé, on baisse le regard, quand on va au cinéma on élève son regard. Pour Atari Light, n’est-il pas un peu trop attiré vers le haut ? As-tu eu un torticolis ?

C’est sûr que je n’y aurais pas passé des heures, même si c’est sans doute possible en trouvant la position adéquate (allongée ?). Ça fait partie de la dimension physique de l’installation…et du jeu plus généralement. Il faut que tu appréhendes et apprivoises l’environnement créé virtuellement. Ça m’a un peu rappelé les tests de coordination des mouvements sous forme de jeu vidéo que te faisait passer l’Armée  afin de savoir si tu ferais un bon officier ( ?!). Bref, au pire tu te ramasses un bon mal de crâne, mais tu t’en sors mieux que Pierrot le fou.

 As-tu déjà joué avec un Pong classique ? Et quel est ton rapport personnel aux jeux vidéo ?

Dans mon souvenir, jamais à l’original sur Atari. Seulement à des adaptations sur d’autres machines, ou à des versions émulées. Le problème de l’émulation, c’est que tu ne sais pas si c’est qu’elle tourne trop vite, ou si tu es tout simplement mauvais !

Bonjour chez vous.

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